Sa lente agonie a débuté avec l'éclatement de la bulle technologique au tournant des années 2000. "Durant la période euphorique, Nortel achetait tout ce qui bougeait sans compter", se souvient René Vézina, analyste financier au journal canadien Les Affaires. Quand la bulle a éclaté, le groupe, endetté, s'est retrouvé dans l'obligation de vendre des actifs à prix bradés. "La vague de restructuration n'a plus jamais cessé. En huit ans, le nombre de salariés est passé de 100 000 à 25 000 dans le monde". Par ailleurs, des accusations d'irrégularités dans les livres de comptes ont entaché sa réputation. La confiance s'est effritée et les commandes se sont reportées, notamment, sur Alcatel-Lucent et Cisco. Nortel a aussi connu une impressionnante valse de PDG - quatre dirigeants en cinq ans. Quant à la vente de l'activité de téléphonie mobile UMTS à Alcatel en 2006, elle l'a encore fragilisé.

LE COUP DE GRÂCE

L'actuelle crise a donné le coup de grâce. Les clients ont gelé leurs investissements, tandis que les filiales mises en vente, comme la division Metro Ethernet, en septembre 2008, n'ont pas trouvé preneur, privant Nortel de liquidités. En moins d'un an, l'action a été réduite à néant. Elle cotait 123 dollars canadiens en 2001, seulement 12 cents, mercredi 14 janvier, à la clôture de la Bourse de Toronto. La société, qui a affiché un chiffre d'affaires de 7,7 milliards de dollars (5,8 milliards d'euros) sur les neuf premiers mois de 2008, accuse une perte de 3,7 milliards de dollars sur cette période, dont 3,4 sur le seul troisième trimestre.

Le plan de restructuration, sur lequel la direction doit plancher, pourrait comprendre le démantèlement du groupe. "La majorité des départements sera probablement vendue en pièces détachées au rabais", prévoit M. Vézina. Les finances ne devraient pas permettre à Nortel de poursuivre ses recherches, et il sera difficile de préserver la division chargée du développement de la 4G, la quatrième génération de téléphonie mobile. En France, Nortel emploie 860 personnes réparties principalement entre le centre mondial des solutions GSM et UMTS à Châteaufort (Yvelines), et le centre européen du service clients à Valbonne (Alpes-Maritimes).

Source: lemonde.fr